Comprendre les thérapies

L'art-thérapie : comment ça marche, et pour qui ?

6 min de lecture

« Je ne sais pas dessiner. » C'est l'objection numéro un face à l'art-thérapie, et c'est précisément un malentendu : l'art-thérapie ne demande aucun talent artistique, et ne juge jamais la qualité de ce qui est produit.

Ce qu'elle propose est ailleurs : un autre chemin pour exprimer et travailler ce qui ne passe pas, ou pas encore, par les mots. Voici comment elle fonctionne, comment se déroule une séance, et à qui elle s'adresse.

Aucun talent artistique n'est requis. La valeur esthétique de ce que vous produisez n'a aucune importance : l'art-thérapie travaille avec le processus de création, jamais avec le résultat.

Le principe : quand les mots ne suffisent pas

Toute thérapie par la parole suppose de pouvoir mettre des mots sur ce qu'on vit. Or c'est parfois justement là que ça bloque : émotions confuses, événements difficiles à raconter, pudeur, ou simplement l'impression que les mots trahissent ce qu'on ressent.

L'art-thérapie contourne cet obstacle : elle utilise le processus de création (dessiner, peindre, modeler, écrire, bouger, jouer) comme moyen d'expression et de transformation. Ce qui compte n'est jamais le résultat esthétique, mais ce qui se passe pendant qu'on crée : ce qu'on choisit, ce qu'on évite, ce qui surgit, ce qu'on ressent.

La création devient un support : elle met à distance (on parle de l'image, pas directement de soi, ce qui est souvent plus facile), elle rend visible ce qui était confus, et elle remet en mouvement ce qui était figé. La discipline est reconnue par la communauté scientifique française depuis les années 1980 et pratiquée aussi bien en cabinet qu'en institution : hôpitaux, EHPAD, structures sociales.

Les médiations : bien plus que le dessin

L'art-thérapie recouvre plusieurs médiations artistiques, et le choix se fait avec le praticien selon vos affinités :

  • les arts plastiques (dessin, peinture, collage, modelage) : la médiation la plus répandue ;
  • l'écriture : journal, poésie, récits ;
  • la musique : écoute ou pratique (on parle aussi de musicothérapie) ;
  • la danse et le mouvement ;
  • le théâtre et le jeu dramatique.

Aucune compétence préalable n'est requise dans aucune de ces médiations. Un trait maladroit, un texte imparfait, un geste hésitant font parfaitement l'affaire : c'est le processus qui travaille, pas l'œuvre.

Comment se déroule une séance ?

Une séance dure généralement entre 60 et 90 minutes, en individuel ou en petit groupe. Elle suit le plus souvent trois temps :

Un temps d'accueil. On échange sur ce qui vous amène aujourd'hui, votre état, éventuellement une thématique à explorer. Le praticien propose alors un support ou une consigne de départ, ou vous laisse libre, selon sa méthode et vos besoins.

Un temps de création. Vous créez, à votre rythme, sans objectif de résultat. Le praticien accompagne : il observe, soutient, parfois relance, sans jamais faire à votre place ni corriger.

Un temps d'échange. Vous regardez ensemble ce qui a été créé. Point essentiel de déontologie : l'art-thérapeute n'interprète pas votre production à votre place. Il vous invite à dire ce que vous y voyez, ce que vous avez ressenti en la faisant : c'est vous qui donnez le sens, il accompagne ce cheminement.

Rien ne vous oblige à montrer ou commenter ce que vous ne souhaitez pas partager. Et la première séance sert, comme ailleurs, à poser le cadre : objectifs, fréquence, tarif, confidentialité.

Pour qui l'art-thérapie est-elle particulièrement adaptée ?

Elle s'adresse à tous, mais elle rend des services particuliers dans certaines situations :

  • les enfants et adolescents, pour qui le jeu et la création sont des langages plus naturels que l'entretien en face à face ;
  • les personnes pour qui parler est difficile, par pudeur, par blocage, ou parce que les mots manquent face à ce qui a été vécu ;
  • les périodes de traversée (deuil, maladie, transitions), où la création offre un espace pour déposer ce qui déborde ;
  • les personnes âgées, notamment lorsque la mémoire ou le langage déclinent : la création maintient l'expression et le lien ;
  • et toute personne attirée par une démarche sensorielle et concrète, en alternative ou en complément d'une thérapie par la parole.

L'art-thérapie peut d'ailleurs se combiner avec un autre suivi, médical ou psychothérapeutique, dont elle est complémentaire.

Choisir un art-thérapeute

Le titre d'art-thérapeute n'est pas réglementé par l'État. Les repères de sérieux sont donc les mêmes que pour les autres pratiques d'accompagnement :

  • une formation longue et structurée en art-thérapie (il existe des cursus solides, y compris universitaires) ;
  • une pratique supervisée ;
  • l'affiliation à une fédération ou un syndicat professionnel, avec code de déontologie ;
  • un cadre clair énoncé dès le premier contact : objectifs, confidentialité, limites, et l'orientation vers un médecin quand la situation le demande.

Tarifs et remboursement

Les séances se situent généralement entre 40 et 70 € en individuel, souvent moins en groupe ; le matériel est habituellement fourni par le praticien. Les séances ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale ; certaines mutuelles les prennent partiellement en charge via leurs forfaits bien-être ou médecines douces.

Questions fréquentes

Faut-il savoir dessiner ou avoir une fibre artistique ?

Non, et c'est le point le plus important : aucun talent n'est requis, et la valeur esthétique de ce que vous produisez n'a aucune importance. L'art-thérapie travaille avec le processus de création, pas avec le résultat. Les personnes « pas du tout artistes » en tirent autant de bénéfice que les autres.

Que deviennent mes créations ?

Elles vous appartiennent. Selon les praticiens et votre préférence, elles sont conservées au cabinet le temps de l'accompagnement (elles servent parfois de fil conducteur d'une séance à l'autre) ou repartent avec vous. Elles sont couvertes par la même confidentialité que tout ce qui se passe en séance.

Art-thérapie en téléconsultation, c'est possible ?

Oui, avec des adaptations : certaines médiations s'y prêtent bien (écriture, dessin avec votre propre matériel, échanges autour des créations), d'autres moins (modelage, mouvement en groupe). Les praticiens qui proposent le distanciel précisent leur façon de faire : demandez-leur simplement.

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